Risque incendie d'origine électrique : la thermographie infrarouge et le Q19
5 min de lecture · 30 juillet 2026
Un incendie d'origine électrique ne commence presque jamais par une flamme. Il commence par une connexion mal serrée, un câble sous-dimensionné ou une borne oxydée qui chauffe un peu plus chaque jour, derrière la porte fermée d'un tableau. Rien ne se voit, rien ne se sent, et l'installation continue de fonctionner normalement — jusqu'à l'amorçage. C'est exactement le type de défaut que la thermographie infrarouge sait révéler.
Voir la chaleur avant de voir le feu
Le principe est simple : une caméra thermique étalonnée mesure le rayonnement infrarouge émis par les composants et restitue leur température de surface. Un point anormalement chaud par rapport aux composants équivalents du même tableau signale une résistance de contact, un déséquilibre de phases ou une surcharge.
Le grand avantage est opérationnel : le contrôle s'effectue sans contact et sans coupure, pendant l'activité normale de l'entreprise. C'est même une condition de validité — une installation à l'arrêt ou peu chargée ne révèle rien, puisque l'échauffement dépend du courant réellement consommé. La thermographie se planifie donc en période de charge représentative, ce qui la distingue nettement des vérifications électriques classiques réalisées hors tension.
- Examen des constituants de l'installation à la caméra thermique étalonnée.
- Analyse des points chauds détectés et comparaison avec les composants comparables.
- Confirmation par une mesure de température au contact lorsque c'est nécessaire.
- Examen des conditions de fonctionnement électrique des composants concernés.
Le référentiel APSAD et le compte rendu Q19
La pratique est encadrée par un référentiel dédié, le document APSAD D19, qui fixe le cahier des charges de la vérification des installations électriques par thermographie infrarouge. Le Q19 est le compte rendu délivré à l'issue d'un contrôle réalisé selon ce référentiel par un prestataire habilité.
Il faut être clair sur son statut : la démarche relève de la prévention et de l'assurance, pas d'une obligation générale du Code du travail. Elle est demandée par les assureurs dans le cadre des contrats couvrant l'incendie des risques d'entreprise, et devient de fait obligatoire pour l'exploitant lorsque sa police la prévoit. Vérifiez ce que stipule votre contrat plutôt que de raisonner par analogie avec un autre site.
Ne remplace pas la vérification réglementaire
La thermographie ne se substitue pas à la vérification périodique des installations électriques prévue au titre du Code du travail, qui répond à une autre finalité et à un autre protocole. Les deux se complètent : l'une contrôle la conformité, l'autre détecte les défauts naissants en fonctionnement.
Ce qui compte vraiment : le suivi des points chauds
Un rapport de thermographie n'a de valeur que s'il déclenche quelque chose. Chaque anomalie relevée est hiérarchisée selon sa gravité, et c'est cette hiérarchisation qui doit piloter l'action : un point critique demande une intervention rapide, un point mineur une surveillance à la prochaine campagne.
L'erreur la plus courante est de classer le rapport et de le ressortir l'année suivante. Le bon réflexe est inverse : transformer chaque anomalie en action datée, avec un responsable, puis vérifier lors de la campagne suivante que le point chaud a bien disparu. Un défaut qui réapparaît deux années de suite au même endroit ne signale pas un mauvais serrage, mais un problème de conception ou de charge.
- Reprendre chaque anomalie du rapport et lui associer une action et une date.
- Traiter en priorité les points classés critiques, sans attendre la fin de campagne.
- Conserver les clichés thermiques pour comparer d'une année sur l'autre.
- Contrôler à la campagne suivante que les corrections ont produit leur effet.
C'est un usage typique d'un suivi d'interventions structuré : le rapport de thermographie arrive, les anomalies deviennent des interventions rattachées au site et à l'équipement concerné, et l'exploitant peut démontrer non seulement qu'il a fait contrôler son installation, mais qu'il a corrigé ce qui devait l'être.
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Questions fréquentes
La thermographie infrarouge est-elle obligatoire ?
Ce n'est pas une obligation générale issue de la réglementation du travail. Elle est demandée par les assureurs dans le cadre des contrats couvrant l'incendie des risques d'entreprise, ce qui la rend contractuellement obligatoire pour de nombreux exploitants. Le contrat d'assurance est le document qui fait foi.
Faut-il couper le courant pour réaliser le contrôle ?
Non, c'est tout l'intérêt de la méthode : la mesure se fait sans contact et sans coupure, pendant l'activité. C'est même indispensable, car un échauffement anormal n'apparaît que si l'installation est effectivement en charge au moment du passage.
Quelle différence entre D19 et Q19 ?
Le D19 est le référentiel APSAD qui définit le cahier des charges de la vérification par thermographie infrarouge. Le Q19 est le compte rendu délivré à l'issue d'un contrôle mené conformément à ce référentiel par un prestataire habilité.
Que faire des points chauds détectés ?
Les traiter selon leur criticité, en transformant chaque anomalie du rapport en action datée et attribuée, puis en vérifiant lors de la campagne suivante que le point chaud a disparu. Un rapport archivé sans suite ne protège ni l'installation ni l'exploitant.
Cet article a une vocation informative et ne se substitue pas à la réglementation en vigueur ni à l'avis d'un professionnel qualifié. Les périodicités et obligations peuvent varier selon le type d'établissement et les textes applicables.