Issues de secours en ERP : dégagements, verrouillage et contrôle d'accès
6 min de lecture · 25 août 2026
L'issue de secours est l'équipement le plus simple d'un bâtiment, et celui qu'on dégrade le plus facilement. Une chaîne posée un soir après une intrusion, un contrôle d'accès installé par le service informatique, un rayonnage remonté contre la porte pendant un réassort : aucune de ces décisions n'est prise contre la sécurité, et toutes la neutralisent. Voici les règles à connaître pour trancher sur le terrain.
Un dégagement se juge en marchant
Avant de parler de serrure, le premier contrôle est physique. On part du point le plus défavorable du local, et on suit le chemin jusqu'à l'extérieur. Ce parcours doit rester libre, praticable et lisible, du départ jusqu'à la voie publique.
- Rien ne doit réduire la largeur du dégagement : stockage temporaire, palette, matériel de chantier, mobilier déplacé.
- Le balisage doit être visible et fonctionnel sur tout le parcours, y compris les blocs d'éclairage de sécurité.
- La sortie doit déboucher sur un espace effectivement praticable, et non sur une cour fermée à clé ou un local devenu de stockage.
- Une issue condamnée par des travaux doit faire l'objet d'un dispositif provisoire et non d'un simple panneau collé sur la porte.
Ce que l'article CO 45 impose sur les portes
L'arrêté du 25 juin 1980, qui porte les dispositions générales du règlement de sécurité des ERP, traite des sorties dans sa section consacrée aux dégagements. Deux exigences reviennent systématiquement en visite.
- Les portes desservant les établissements, compartiments, secteurs ou locaux pouvant recevoir plus de cinquante personnes doivent s'ouvrir dans le sens de la sortie.
- Toutes les portes des escaliers doivent s'ouvrir dans le sens de l'évacuation.
- En présence du public, toutes les portes doivent pouvoir s'ouvrir depuis l'intérieur par simple poussée, ou par la manœuvre facile d'un seul dispositif par vantail, du type béquille ou barre.
Retenez la logique : un seul geste, sans clé, sans code, sans réflexion. Une personne qui fuit dans la fumée ne cherche pas un bouton. Dès qu'il faut deux manipulations pour sortir, la porte pose problème.
Verrouiller une issue : possible, mais encadré
Le verrouillage des portes de sortie de secours n'est pas interdit par principe. L'article CO 46 en ouvre la possibilité, après avis de la commission de sécurité, et à condition de respecter les mesures qu'il fixe. C'est cette seconde partie qui est régulièrement oubliée.
- Chaque porte concernée doit être équipée d'un dispositif de verrouillage électromagnétique conforme à la norme applicable à cet emploi.
- Le déverrouillage doit être commandé soit par un dispositif de commande manuelle, du type boîtier à bris de glace, soit par un dispositif de contrôle des issues de secours.
- Pour ces dispositifs de contrôle, les temporisations sont bornées : T1 de huit secondes au maximum, T2 de trois minutes au maximum.
- La temporisation T2 n'est admise que si l'établissement dispose d'un service de sécurité incendie dans les conditions prévues par le règlement.
Contrôle d'accès n'est pas verrouillage autorisé
Un lecteur de badge posé pour empêcher les entrées ne rend pas l'issue conforme s'il empêche aussi les sorties. La question à poser à l'exploitant est toujours la même : que se passe-t-il côté intérieur quand quelqu'un veut sortir, et qu'est-ce qui commande le déverrouillage en cas d'alarme ? Si la réponse fait intervenir une clé, un code ou un appel au PC, le sujet doit remonter.
Les dérives qu'on retrouve le plus souvent
- Chaîne, cadenas ou barre antivol ajoutés après une intrusion, et jamais retirés.
- Boîtier à bris de glace cassé, vide ou peint, dont personne ne sait s'il fonctionne encore.
- Verrouillage électromagnétique installé sans avis de la commission de sécurité, à l'occasion de travaux de sûreté.
- Issue transformée en porte de service, avec un stockage installé juste derrière.
- Consigne orale du type on ouvre en cas de besoin, sans aucun dispositif matériel derrière.
Ces points sont visuels et rapides à relever : ils ont leur place dans une visite périodique, même quand la prestation porte sur d'autres équipements. Encore faut-il les consigner. Dans Cindra, ces constats se rattachent au site et remontent dans le suivi de conformité, avec la photo et la date, ce qui donne à l'exploitant un élément opposable plutôt qu'une remarque orale oubliée le lendemain.
À retenir
- Le dégagement doit rester libre et balisé jusqu'à un espace réellement praticable.
- Plus de cinquante personnes : ouverture dans le sens de la sortie ; portes d'escaliers dans le sens de l'évacuation.
- En présence du public, sortie possible par simple poussée ou par la manœuvre facile d'un seul dispositif par vantail.
- Le verrouillage est possible après avis de la commission de sécurité, avec verrouillage électromagnétique et commande par bris de glace ou dispositif de contrôle des issues de secours.
- Temporisations bornées : T1 huit secondes maximum, T2 trois minutes maximum et seulement avec un service de sécurité incendie.
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Questions fréquentes
A-t-on le droit de fermer à clé une issue de secours en dehors des heures d'ouverture ?
La question se pose différemment selon que le public et le personnel sont présents ou non. En présence du public, les portes doivent pouvoir s'ouvrir depuis l'intérieur par simple poussée ou par la manœuvre facile d'un seul dispositif. Toute solution de fermeture doit être examinée au regard de l'article CO 46 et soumise à l'avis de la commission de sécurité : ne l'improvisez pas sur site.
Un boîtier à bris de glace vert est-il obligatoire sur toutes les issues ?
Non, il n'est requis que lorsque l'issue est verrouillée. Le règlement prévoit alors que le déverrouillage soit commandé par un dispositif de commande manuelle, du type boîtier à bris de glace, ou par un dispositif de contrôle des issues de secours. Une porte non verrouillée, manœuvrable par simple poussée, n'a pas besoin de ce dispositif.
Que signifient les temporisations T1 et T2 ?
Ce sont les délais admis entre l'action sur le dispositif de contrôle des issues de secours et le déverrouillage effectif de la porte. T1 est plafonnée à huit secondes et T2 à trois minutes, cette dernière n'étant admise que si l'établissement dispose d'un service de sécurité incendie dans les conditions prévues par le règlement.
Peut-on installer un contrôle d'accès sur une porte de sortie de secours ?
C'est possible, mais cela ne doit jamais entraver la sortie depuis l'intérieur, et le dispositif doit s'inscrire dans le cadre prévu par le règlement pour le verrouillage des issues, avec avis de la commission de sécurité. Un projet de sûreté qui touche à une issue de secours doit être traité comme un sujet de sécurité incendie, pas seulement comme un sujet de contrôle d'accès.
Cet article a une vocation informative et ne se substitue pas à la réglementation en vigueur ni à l'avis d'un professionnel qualifié. Les périodicités et obligations peuvent varier selon le type d'établissement et les textes applicables.