Discothèques et salles de jeux (ERP type P) : la sécurité incendie avant Halloween
Effectif, décors M1, bougies interdites, machines à fumée, alarme qui coupe la musique : les règles des ERP de type P à vérifier avant la soirée du 31 octobre.
Par Rayan Chaara · Fondateur de Cindra
7 min de lecture · 25 octobre 2026
Le 31 octobre, les discothèques, bars dansants et salles de jeux font le plein. Soirées à thème, décors en toile et en mousse, machines à fumée, parfois des bougies sur les tables : tout ce qui fait une soirée réussie est aussi ce que le règlement de sécurité encadre le plus strictement. Les établissements de type P ont leur propre chapitre dans l'arrêté du 25 juin 1980 : les articles P 1 à P 24.
Cet article en fait le tour pour deux lecteurs : l'exploitant qui prépare sa soirée, et le prestataire de protection incendie qui le suit sous contrat et doit savoir quoi regarder en visite.
Qui relève du type P ?
Le type P regroupe les salles de danse (bals, dancings, discothèques) et les salles de jeux (billards, jeux électriques ou électroniques). Un établissement entre dans les quatre premières catégories dès que l'effectif atteint 20 personnes en sous-sol, 100 en étage ou 120 au total. En dessous, il relève de la 5e catégorie, avec des règles allégées.
Le piège, c'est l'activité qui glisse. Un bar classé en type N ou L qui pousse les tables le week-end pour faire danser en sous-sol fait du type P sans le dire. L'incendie du Cuba Libre à Rouen, en août 2016, a mis cette question en lumière : l'établissement était déclaré en type L alors qu'une activité de danse se tenait au sous-sol. Pour le prestataire, la première question en visite n'est donc pas « quels extincteurs ? » mais « que fait-on vraiment dans cette salle, et à quel niveau ? ».
Effectif : 4 personnes pour 3 m²
L'article P 2 fixe la règle : une personne par 0,75 m² de salle, soit quatre personnes pour trois mètres carrés, déduction faite des estrades et des aménagements fixes autres que les tables et les sièges. Pour une salle de billard seule, on compte quatre personnes par billard, plus les places réservées au public.
Cet effectif commande presque tout le reste : la catégorie, le nombre de dégagements, le type d'alarme, la présence éventuelle d'un service de sécurité. Il doit figurer dans la fiche du site, avec le niveau (sous-sol, rez-de-chaussée, étage) et la catégorie retenue par la commission. Dans Cindra, ces données vivent sur la fiche du site, à côté des équipements et du contrat : le technicien les a sous les yeux avant d'entrer.
Décors, bougies et machines à fumée
C'est le chapitre le plus utile avant Halloween. Les articles P 12 et P 17 sont sans ambiguïté :
- Plafonds, plafonds suspendus et parties translucides : matériaux classés M1.
- Éléments flottants de décoration : M1. Plantes artificielles : M2.
- Vélums interdits.
- Bougies interdites (article P 17), sans exception pour une soirée à thème.
Les effets spéciaux (brouillard, fumée, éclairages particuliers) sont admis, mais l'article P 3 renvoie à une instruction technique dédiée. Deux points de vigilance : la fumée artificielle ne doit pas gêner l'évacuation ni déclencher la détection à tort, et les détecteurs d'un SSI de catégorie A doivent être insensibles aux effets d'ambiance (article P 22).
Le piège : le décor posé la veille
Toiles d'araignée synthétiques, draps, guirlandes en papier : les décorations grand public sont rarement accompagnées d'un procès-verbal de classement au feu. Sans PV M1 (ou M2 pour les plantes artificielles), le décor n'a pas sa place au plafond ni le long des circulations. Pas de PV, pas de décor.
Alarme, éclairage et désenfumage
L'article P 22 gradue le système de sécurité incendie selon la catégorie : SSI de catégorie A en 1re catégorie, B en 2e, C, D ou E avec alarme de type 2b en 3e catégorie et pour les salles de danse de 4e catégorie en sous-sol. Les autres salles de danse relèvent d'une alarme de type 3, les autres salles de jeux d'une alarme de type 4.
Une exigence est propre au type P : avant la diffusion de l'alarme générale, le programme (musique, jeux de lumière) doit s'arrêter et l'éclairage normal se rallumer. C'est ce scénario complet qu'il faut tester en maintenance, pas seulement le fonctionnement du déclencheur manuel.
- Éclairage de sécurité conforme aux articles EC 7 à EC 15 ; en 1re et 2e catégorie, source centralisée à batterie (P 18).
- Éclairage d'ambiance : passage automatique à l'état de fonctionnement en cas de défaillance de l'alimentation normale de la salle (P 19).
- Désenfumage obligatoire pour les salles de danse en sous-sol, à mezzanine ou à niveaux partiels, pour les escaliers encloisonnés desservant les sous-sols et pour les circulations horizontales encloisonnées de 5 m ou plus (P 14).
- Avec un SSI de catégorie A, le désenfumage est commandé automatiquement par la détection.
Extincteurs et moyens de secours
L'article P 20 impose des extincteurs portatifs à eau pulvérisée de 6 litres au minimum, à raison d'au moins un appareil pour 200 m² et par niveau, complétés par des extincteurs adaptés aux risques particuliers (régie, local technique, cuisine attenante). La commission peut imposer des RIA DN 19/6 dans certaines configurations, par exemple lorsqu'une porte de salle se trouve à plus de 30 m d'un escalier. Une colonne sèche est exigée dans les escaliers protégés quand le dernier étage accessible dépasse 18 m.
Côté exploitation, l'article P 24 impose des cendriers en nombre suffisant dans les salles et les dégagements, et interdit de fumer dans les réserves, resserres, lingeries et locaux à risques. Le stockage de disques et de bandes non utilisés est classé local à risques importants, les réserves de cotillons en risques moyens (P 5) : des locaux à pointer sur le plan et à équiper en conséquence.
L'article P 21 prévoit qu'un service de sécurité incendie peut être imposé en 1re catégorie et dans les grands complexes de loisirs où la danse est l'activité principale. Ailleurs, des employés désignés doivent être formés à la mise en œuvre des moyens de secours : un point à vérifier avec l'exploitant avant une soirée qui mobilise des extras.
Avant la soirée du 31 octobre
- Effectif attendu comparé à l'effectif déclaré : pas de billetterie au-delà.
- Décors : PV de classement M1 ou M2 à portée de main, rien devant les issues ni les blocs d'éclairage de sécurité, aucune bougie.
- Machines à fumée : essai avec le SSI en service, détection non masquée.
- Essai du scénario d'alarme complet : arrêt du son, retour de la lumière, diffusion de l'alarme.
- Issues de secours libres et ouvrables pendant toute la présence du public.
- Extincteurs à leur place, visibles, vérifiés dans l'année ; cendriers en place.
- Registre de sécurité à jour : dernière vérification, dernière visite de commission, exercices du personnel.
Pour le prestataire, une visite rapide la semaine précédente, tracée dans un rapport d'intervention signé, vaut mieux qu'un appel le soir même. Et si l'exploitant a changé l'usage de la salle depuis la signature du contrat, c'est le moment de le noter : le type et la catégorie conditionnent tout le reste.
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Questions fréquentes
Un bar qui fait danser le week-end est-il un ERP de type P ?
Le type P vise les salles de danse et de jeux. Un bar classé en type N ou L qui développe une activité de danse, surtout en sous-sol, peut relever du type P dès les seuils de l'article P 1 : 20 personnes en sous-sol, 100 en étage, 120 au total. Le classement relève du maire et de la commission de sécurité : signalez le changement d'activité plutôt que de le découvrir en visite.
Les bougies sont-elles vraiment interdites en discothèque ?
Oui. L'article P 17 du règlement de sécurité interdit l'utilisation de bougies dans les établissements de type P, soirée à thème ou pas. Pour une ambiance tamisée, il faut se tourner vers des éclairages électriques sans flamme.
Quel SSI pour une discothèque de 3e catégorie ?
L'article P 22 prévoit un SSI de catégorie C, D ou E avec une alarme de type 2b pour la 3e catégorie, ainsi que pour les salles de danse de 4e catégorie situées en sous-sol. Dans tous les cas, l'alarme générale doit être précédée de l'arrêt du programme et du rallumage de l'éclairage normal.
Combien d'extincteurs dans une salle de danse ?
Au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m² et par niveau (article P 20), complété par des appareils adaptés aux risques particuliers. La commission de sécurité peut exiger des RIA ou une colonne sèche selon la configuration du bâtiment.
Cet article a une vocation informative et ne se substitue pas à la réglementation en vigueur ni à l'avis d'un professionnel qualifié. Les périodicités et obligations peuvent varier selon le type d'établissement et les textes applicables. Une erreur, une évolution de texte ? Signalez-le, nous corrigeons et datons la mise à jour.